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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 09:54
Les soupiraux

Mon oncle m'avait dit d'un air mystérieux qui ne lui était pas habituel, ancien militaire, il était plutôt pragmatique et peu enclin à la fantaisie "si tu veux viens me rejoindre demain soir mon travail je montrerais quelque chose"
Piqué par la curiosité, munis d'un plan sommaire je me dirigeais à la fin des cours vers le lieu de travail de mon oncle.
La nuit commençait à tomber en cette soirée de début d'hiver.
Après avoir longé les boutiques éclairées de la rue de la république je m'engageais rue du Martinet plongé dans la pénombre.
Je longeais de grands hangars quand je fus pétrifié par une vision d'enfer.
Le bâtiment sans étage s'ouvrait sur la rue par de longs soupiraux à travers lesquels je découvris un monde fantastique.
Des matrones vêtues de blouses blanches œuvraient dans une nuée de vapeurs lourdes d'une odeur indéfinissable de graisse fondue qui vous soulevait le cœur.
Je les vis avec effroi jeter dans des grandes cuves d'eau bouillante des têtes énormes ainsi que des pieds et d'autres membres non identifiés,je pressais le pas et me trouvait vite près de la graineterie où travaillait mon oncle.
Celui -ci voyant mon teint brouille se mis a rire et me dis "tu est passé devant la triperie industrielle? As- tu vu le travail de ses femmes qui dès le matin blanchissent des têtes de veau, des pieds de cochon et autres tripailles dans la chaleur et les effluves nauséabondes ?
Rassuré par cette explication,je suivis mon oncle dans son monde.
Nous étions au pied de silos à grains entourés de passerelles d'acier, mon oncle me fit monter jusqu'à la passerelle centrale par un étroit escalier de métal sur lequel raisonnait nos pas .

Quelques minutes plus tard nous étions en haut d'un silo remplis au trois quart de maïs dont l'odeur remplissait l’atmosphère; "si tu veux ", me dit il, " tu peux marcher dans la cuve"
Il me montra alors une petite échelle permettant d'y descendre.Il passa devant moi
et me fit descendre avec précaution jusqu'à ce ce que mes pieds sentent Ie grain à la fois dur et mouvant.

"Tu es debout sur plusieurs tonnes de mais" me dit il; mon air ravis donna toute forme de remerciement.
Devant cette inoubliable expérience un demi siècle plus tard les choses ont bien changé, les usines et la triperie ont disparu pour laisser place a des logements de bobos qui ne
savent pas qu'il n'y a pas si longtemps un univers à la Zola existait là.

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