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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 09:12

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SOIXANTE ANS DEJA

 

 

Une banale inondation dans le sous sol de maison et me voilà en train de  déménager des tonnes de livres entassés dans des étagères, c’est fou ce qu’on peux entreposer au fil du temps.

Bien voilà une pile qui vient d e s’écrouler , mais il n’y a pas que des livres ,  des photos viennent de  s’envoler pour atterrir à mes pieds.

Je reconnais les vieilles reliures de cuir des albums de photos de mon enfance que ma mère remplissait  avec soin  de photos en noir et blanc prises avec son  appareil Kodak à soufflet, témoin de tant de scènes de notre vie.

J’extraie les albums des tas de livres qui jonchent le sol et je  me met à feuilleter les pages recouvertes de papier de soie et de photos sépias.

Assis par terre je découvre avec surprise l’univers de mon enfance , soixante ans  ont passé déjà , le monde a changé moi aussi bien sur .

Nous vivions au troisième étage d’un grand  appartement situé dans le  17 e arrondissement de Paris non loin du boulevard Berthier et nous étions encore dans  cette période intermédiaire qui a suivi la dernière guerre ou tout devenait possible .

Pour ceux qui ont encore la mémoire  des sketchs de Robert Lamoureux  du genre Papa maman  la bonne et moi  , nous évoluions  dans un monde de traditions de valeur inchangées depuis des années.

Les meubles étaient anciens et confortables , les armoires de campagne venaient de chez ma grand-mère, ainsi que la bassinoire en cuivre accrochée au mur du salon.

Le salon était composé de  gros fauteuils crapauds en cuir vert profonds  comme des tombes

et la table de salon  avait la taille d’une table  normale , rien de détonnant dans cet univers feutré patiné par les ans.

La cuisine avec ses casseroles de cuivre ne dépareillait pas de  l’ensemble  , une fois par semaine on montait de la cave  la lessiveuse en zinc qui bouillonnait sur la gazinière, le linge était lavé  dans l’évier avec une planche à laver en bois cranté patinée par les ans.

Le dessous de l’évier servait de garde manger et on entreposait le beurre dans une beurrier plein d’eau  pour qu’il ne fonde pas trop vite. En été on allait acheter des blocs de glace  au marchand  ambulant qui passait en bas de l’immeuble  avec sa carriole à cheval.

Ma mère qui avait  fait dans  sa jeunesse l’école des arts ménagers allait chaque année au salon pour voir les nouveautés.

Je feuilletais l’album photo qui me racontais mon histoire et au détour d’une page je découvris la publicité  de ce fameux salon qui fut le déclencheur de tout.

Une photo sur papier glacé  montrait une ménagère souriante avec un appareil bizarre à la main , le couleurs étaient vives et pimpantes, une nouvelle ère était arrivée.

Le Dimanche suivant ma mère  nous amena au salon des arts ménagers , caverne d’ALI BABA où nous allions découvrir  au fil des stands de démonstration animés par des vendeurs

accrocheurs au parlé haut en couleur le dernier cri du modernisme.

Ce qui nous frappa le plus ce fut la débauche de couleurs, des verts éclatant côtoyaient des oranges flamboyants , ou des jaunes citrons , nous découvrîmes des appareils inconnus  de nous   dont nous n’envisagions même pas l’usage.

Là le présentateur montrait  comment éplucher plusieurs kilos de pommes de terre sans fatigue grâce à son épluche patate automatique , une sorte de grosse boite ronde dans laquelle

des lames tranchantes pelaient allègrement .

Tout était mis en avant pour démontrer que la ménagère libérée de ses contraintes ménagères allait enfin pouvoir vivre sa vie de femme.

C’est ainsi qu’au fil des stands , un peu abasourdi  nous découvrions des mixer aux  grands  bras battant  des crèmes fouettés dans des bols oranges ou verts ou encore la cocote minute.

avec son sifflet a vapeur.

Même les aspirateurs que nous connaissions comme des objets lourds  à traîner et laids devenaient balai  , parés de couleurs vives légers brillants de tous leurs chromes ils invitaient

la ménagère  à faire son ménage en chantant.

De retour à la maison  les bras chargés de prospectus de couleur ventant le nouvel électro ménager ce fut le déclencheur d’une nouvelle période.

Quelques temps après Maman avait réussi à convaincre ¨Papa de faire l’acquisition d’un réfrigérateur , on disait un frigidaire , bien qu ce soit le nom de la marque , un énorme engin bedonnant qui trouva sa place dans la chambre de mes parents la cuisine étant trop petite.

Le matin mon père devait moudre son café dans un appareil mural qui nous réveillait de son bourdonnement de perceuse mélangé à l’odeur du café frais et de celle plus acre de la première cigarette.

L’album en main je redécouvrit  le premier moulin a café nouvelle génération offert à mon père pour la fête des pères, la photo en noir et blanc ne rendait pas  sa réalité mais je me rappelais fort bien son corps trapu en plastique rouge et son capot blanc transparent où l’on voyait tournoyer le café  moulu.

Maman comme toutes les ménagères de cette époque était tombée raide dingue de tout ce qui sortait comme nouveautés, elle suivait dans des magazines la tendance en matière de mobilier ce qui ne manqua pas s de changer notre façon de vivre.

Il faut dire que pour  un changement ce fut un changement, un nouveau matériau plus abordable  et plus pratique avait apparu  le formica .

Fini les meubles de cuisine en bois difficiles  à entretenir ce nouveau revêtement en plastifiant les surfaces et en leur donnant la possibilité d’être déclinées en des couleurs vives révolutionnait complètement l’univers de la ménagère.

Tout prenait un air de fête , les tables , les chaises, les tabourets, les meubles  de surcroît a  un prix abordable permettait à toutes les classes populaires  d’accéder à un  nouveau confort.

Je reviens un instant dans le présent pour me faire la réflexion qu’avec la mode du vintage soixante ans après  c’est le phénomène inverse qui se produit , les objets chinés de cette époque  nostalgie oblige sont devenus hors de prix.

Je commence à ranger tous le livres  tombés à terre, quand je découvre la pochette d’un quarante  cinq tours  de rock le premier que  j’ai écouté en boucle sur mon premier électrophone TEPAZ.

Il faut  dire qu’à cette époque les tourne disque étaient  reliés au poste de radio ce qui ne leur donnait pas d’autonomie.

L’électrophone Tepaz en s’affranchissant  du poste  et l’avènement des quarante cinq tours  avait révolutionné le monde de la musique populaire.

Avec l’arrivée du formica la décoration intérieure aspirait  au changement on délaissait les valeurs anciennes des meubles de famille pour des meubles en bois blanc aux lignes plus épurées, les fauteuils et les chaises cherchaient à épouser les formes du corps  de nouveaux matériaux proches du plastique permettaient de jouer sur des formes et des couleurs différentes.

A la maison vint alors la grande révolution moderniste.

La première victime fut la table du salon, amputée de ses pieds en bois d’origine , ma mère ne garda que le plateau qui fut entièrement décapé et blanchi à l’eau oxygénée et au papier de verre, les pieds furent remplacés par des tubes en fer forgés laqués en noir , la table basse était née.

Les tables de nuit de ma grand-mère suivirent le même chemin , poncées et revernies en bois clair elles prenaient l’air du temps.

Les années qui suivirent confirmèrent la tendance , la maison de ma grand-mère venue suite à son décès mes parents firent construire un  de ces cubes dont les constructeurs d e l’époque épris de modernisme avaient le secret, des lignes épurées des pièces carrées .

Alors l’esprit créatif  de ma mère se déchaîna , les murs prirent les couleurs à la mode le fond du salon couleur tango donna bien du fil a retordre au peintre, la couleur ne devait pas être ni ocre ni brique , mais d’un bel orangé vif que  l’on appelait Tango.

Les autres murs étaient  gris souris et blanc, la cuisine en formica bien sur était d’un jaune paille ou tranchait les ustensiles de cuisine bleu canard ou orange vif.

Les quelques meubles qui avaient été gardés remis au goût du jour  avaient  été décapés  pour leur donner une apparence plus moderne .

Le monde ne voyait plus que par le modernisme, on dirait design a l’heure actuelle, mais une mode en chasse une autre.

Que reste t’il de cette explosion après soixante ans déjà, un goût pour le Vintage pour certains  une fuite en avant pour d’autres pour toujours en perpétuel mouvement.

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commentaires

Eglantine lilas 03/06/2013 16:27

Appel aux matelots:

http://mere-grand.over-blog.com/article-appel-au-peuple-118218714.html

emma 30/05/2013 11:08

je me souviens... on tire sur le fil, et voila que déboulent une ribambelle de choses minuscules qu'on croyait oubliées -et qui font de vous un mammouth aux yeux de vos petits enfants....

Sherry 02/05/2013 18:43

Bonjour
Je viens de valider votre inscription à la communauté du CASSE TETE DE LA SEMAINE... j'aime vos écrits sur ces tranches de vie. Bonne fin de journée

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